Nashville et Memphis, villes survendues ?

 

Hi y’all! (à traduire approximativement par “Salut les copaings!”, avec un bon accent qui sent le soleil du sud),

Nous vous avions laissés à Chicago, où les au revoirs furent assez difficiles...Mais si on avance pas, on recule, non ? Nous avons donc pris la route, pleines d’espoir et d’excitation à l’idée d’enfin découvrir les deux mastodontes de la musique que sont Nashville et Memphis. Nous avions devant nous environ 7h de route, mais quel est l’intérêt de faire un road trip si on s’en tient uniquement aux plans initiaux ? Nous nous sommes donc arrêtées à un magasin de meubles amish dans le trou du c** du Kentucky, qui exposait de magnifiques meubles en bois faits main. Nous avons continué notre exploration dans le magasin d’antiquités juste à côté où on peut trouver de tout et n’importe quoi. C’est comme s’immiscer le temps d’un regard à l’intérieur des maisons locales pour voir à quoi elles ressemblent, et on est pas déçu du voyage : on imagine ça comme un mélange de néons d’Elvis, de plaques d’immatriculation vintages, de figurines de verre tout aussi variées qu’inutiles, de guides à destination des grand-mères et grand-pères, de bouteilles de soda vintage d’origine, d’accessoires de cabanes forestières, ainsi que de photographies originales de soldats du IIIème Reich nazi pour la modique somme de $2...Après avoir passé un peu (trop) de temps dans cette caverne d’Ali Baba, on a décidé de s’arrêter pour la nuit à Horse Cave, juste parce que c’est génial de dormir dans une ville qui s’appelle Horse Cave. On y a pas vu de chevaux, mais de très jolis paysages vallonnés. Le jour suivant, nous nous sommes arrêtées à Franklin, toujours dans le Kentucky, et c’est totalement par hasard (ou pas, lucky coin quand tu nous tiens) que nous avons découvert que c’est dans cette même ville que Johnny Cash épousa June Carter dans le plus grand secret en 1968. Très jolie petite ville. Puis nous nous sommes mises en route pour Nashville.

A propos de Nashville…

Considérée par beaucoup comme le saint lieu de pèlerinage pour tout fan de musique country et aspirant chanteur/compositeur, Nashville est clairement centrée sur la musique, et ce depuis les années 20. Les partitions des plus grands tubes country sont même incrustées dans ses trottoires, au cas où vous seriez en manque d’inspiration. En tant que bon pèlerin qui se respecte, vous commencez par vouloir jeter un oeil aux nombreuses salles de concert mythiques qui ont accueilli les plus grands noms de la musique - le Music City Center, le Municipal Auditorium, le Music Row, ou encore le Ryman Auditorium…- qui sont bien évidemment trop cher à visiter pour votre pauvre petit budget. Vous vous rabattez alors sur Lower Broadway St (SoBro), et c’est là que ça vous frappe : de la musique country et folk jouée en live, partout, à tous les étages, de tous les bars de la rue (et ils sont nombreux), se mêlant et s’entrecoupant jusqu’à former une sorte de cacophonie musicale de fond. Au bout de la rue, vous tournez à gauche, trouvez encore quelques bars et salles de musique live et...ça s’arrête là. Nashville m’a fait l’effet d’une ancienne grande dame de la musique qui a depuis perdu sa magie envoûtante et tente aujourd'hui désespérément de sauver la face en marketant bien trop grossièrement ce qui fit sa grandeur, perdant ainsi l’authenticité que nous avions tant aimée à NYC et à Chicago. D’autre part, la ville est en pleine essor et constamment en construction, ce qui produit un sorte de patchwork désordonné d’immeubles et de bâtiments, et contribue à ce sentiment de manque de cohérence et d’un charme propre à la ville. Comme vous le savez, nous sommes des fanna du non-conventionnel, nous avons donc attaqué notre première soirée à Nashville par un match de baseball, sommes très probablement passées sur la chaîne Country Music Television, avons supporté l’équipe des Nashville Sounds qui ont détruit les Las Vegas 51’, le tout entrecoupé d’apparitions d’un sosie d’Elvis comme on en fait plus.

Nous avons passé le jour suivant au parc des Great Smoky Mountains, à 3 grandes heures de route, qui accueille plus de visiteurs chaque année que n’importe quel autre parc aux USA (vous avez bien lu. Plus que Monument Valley, plus que le Grand Canyon et plus que Yellow Stone.) Quelques biches, oiseaux, moustiques et cascades d’eau plus tard, malheureusement pas d’ours brun, nous avons pris le chemin du retour sous le soleil couchant.

Grâce à notre hôte Airbnb (coucou Maddy!), nous n’avons tout de même pas quitté Nashville sans profiter d’une vue nocturne imprenable sur la ville toute éclairée depuis le rooftop d’un hôtel de luxe, sans papillonner et tester tour à tour à tous les principaux honky-tonks de SoBro, finissant la soirée dans un bar local à l’ouest de Nashville, la partie non-touristique de la ville où les locaux trouvent refuge, et de la bonne musique (évidemment !).

En route vers Memphis nous nous sommes arrêtées au parc militaire national de Shiloh, où eu lieu l’une des batailles les plus sanglantes (et stratégiques) de la guerre de Sécession, opposant les Confédérés du sud à l’Union du nord (d’ailleurs conduite ici par un certain major-général Grant, alors inconnu, qui a fini par mener l’Union à la victoire, et est entre autre devenu le 18ème Président des Etats-Unis). Le parc retrace dans le moindre détail chaque affrontement et mouvement des troupes engagées dans cette bataille qui aura duré deux jours. On peut également visionner gratuitement un documentaire de reconstitution de la bataille (très bien fait) et essayer les vêtements et accessoires des soldats des deux camps. On a pas pu résister.

Memphis

Arrivées tard le soir à Memphis, nous n’avions aucun plan, et pour une fois ce n’était pas une bonne chose. Nous avons traversé le “carnaval” de Beale St, vision assez horrifiante de gens complètement saouls, allant de bar en bar, tous plus voyants et tapageurs les uns que les autres (les bars), le tout supervisé par environ 3 policier-ères par personne. Charmant. On s’est un peu baladées dans les rues, sans rien de très particulier à voir, et avons fini par faire une réservation dans l’hôtel de l’horreur : cafards (vivants et morts), draps sales, pas d’eau courante dans la douche, taches et traces de bottes sur les portes des chambres dans les couloirs...vraiment un joli coin, on a A-DO-RÉ. Heureusement, on a rapidement trouvé un autre endroit où passer le reste de nos nuits, et on est reparties explorer la ville le lendemain soir, un samedi. On est donc allées dans le quartier de South Main St, l’un des haut lieu (à ce qu’on avait lu) des folles nuits de Memphis...rien à se mettre sous la dent, personne dans les rues ni aux terrasses...alors on est allées tenter notre chance à Cooper-Young, deuxième quartier branché...vide. On a fini par opter pour une soirée film et pop-corn, et on a découvert qu’il y avait plus de monde au supermarché du coin (en train de faire leurs courses à minuit) qu’aux bars. Un samedi soir. Autant vous dire qu’on a été assez déçues de Memphis, qu’on (nous) avait érigé en mastodonte de la musique, allant de déconvenue en déconvenue. Bon, pour ne pas complètement cracher dans la soupe, il semble que Memphis ait une sorte de scène musicale groovy et blues secrète...quand on sait où aller, ce qui n’était apparemment pas notre cas. Le dimanche matin on est allées voir Al Green prêcher dans sa Full Gospel Tabernacle Church, et on a enfin eu ce petit frisson qui nous avait tant manqué. Le sermon n’était pas d’une profondeur particulière, mais les chants étaient tellement puissants et bouleversants, réussissant à nous faire sentir faire partie de la même communauté. Les improvisations chantées et parlées d’Al Green étaient ponctuées de “Hello”, “Amen”, “Yes” , “Thank you” presque criés et fusant à travers toute l’église assez déroutants. Puis nous nous sommes mises en route pour Guntown, les oreilles pleines de ces belles voix gospel.

Check-list :

> Aller à un match de baseball : check

> Passer à la télé : check

> Dormir dans un hôtel (très) douteux : check

> Aller à une messe gospel ET voir Al Green : check

Ce qu’on a aimé :

> Nos grandes conversations avec Maddy sur l’Histoire et la religion

> La scène underground des bars de West Nashville

> Le parc des Great Smoky Mountains où Sarah a vu une biche de très près pour la première fois

> Le parc militaire national de Shiloh qui nous en a appris un peu plus sur l’Histoire américaine et la Guerre de Sécession

> La messe gospel d’Al Green

> Ce moment très malaisant partagé avec le manager du motel de Horse Cave

> Notre très sage prise de décision d’arrêter de faire ces immondes sandwich au cheddar-plastique

Ce qui nous a saoulées :

> Le marketing de la musique à Nashville et Memphis

> L’horrible hôtel de Memphis

> Ce sentiment d’avoir à la fois loupé Memphis et d’avoir raison d’en être déçues

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