Louisiana, l'inoubliable

Chers lectrices, chers lecteurs,

Fermez les yeux. Sentez le souffle chaud du soleil estival vous caresser le visage et les gouttes de sueur couler inexorablement le long de votre dos. Maintenant ouvrez les yeux. Au-dessus de vous, une araignée banane gigantesque (link) se prélasse, confortablement installée sur sa toile et entourée de mousses suspendues à chaque arbre. Du vert partout. De tous côtés, le bayou vous encercle de son inquiétante beauté, dissimulant serpents et insectes répugnants. Heureusement que vous avez recouvert chaque cm² de votre peau d'un anti-moustique puissant, car vous leur servez quand même de festin. Ce soir, la promesse de plaisirs nocturnes qui s'achèveront probablement dans le jardin d'un parfait inconnu fort amical, à écouter un ensemble de cuivres, d'instruments à vent et à corde donner joyeusement la réplique aux percussions sur une scène de fortune improvisée, à discuter avec un surfeur qui s'est fait mordre par un requin à Key West, le tout sous un ciel étoilé de petites loupiotes. Admirez la majesté des chênes le long des rues, ajoutez une pincée d’assaisonnement cajun et terminez par quelques beignets au sucre. Bienvenue en Louisiane.

Lafayette

Lentement mais sûrement, nous nous sommes laissées envoûter, jusqu’à ne plus vouloir la quitter. Tout a commencé à Lafayette, tranquillement, en passant le premier jour à la maison à rattraper notre retard sur certains articles, à planifier nos prochains rdv et à dévorer quelques pizzas badigeonnées de tabasco vert local avec notre nouvelle colloc (coucou Aurore) en regardant Naked and Afraid (link), devenue depuis l’une de mes émissions préférées. Et ce n’était que le début.

On est passées de la découverte du musée vivant de Vermilionville (reconstitution d’un village Cajun au travers des époques), où on a beaucoup appris sur l’histoire cajun et la fabrication de fils de coton (dans le style du XVIIIème), à l’exploration des bayous sauvages et déserts, habitat naturel des alligators et autre faune ragoutante. Heureusement, Phill nous a guidées dans ce dédale et offert une protection (plus que bienvenue) contre les armées de moustiques environnantes. Il a d’ailleurs commencé par nous offrir son anti-moustique, ainsi que des bouteilles d’eau fraîches, juste parce qu’on passait par son terrain et qu’on avait l’air d’en avoir besoin. Alors non, l’hospitalité légendaire du Sud n’est pas qu’une légende.

Et au cas où on en doutait encore, après 5 minutes de conversation avec deux filles rencontrées à un bar live (coucou Kori et Dominique), nous étions invitées à une soirée étudiante chez l’un de leurs amis. Et c’était assez incroyable ! Parce qu'à Lafayette, ce n’est pas qu’on vous laisse venir à une soirée, on vous y accueille, et en grandes pompes, même sans savoir qui vous êtes ni ce que vous faîtes là. On vous nourrit avec de la cuisine maison (préparée pour tout le monde), en faisant bien attention à ce que vous puissiez goûter à tout, on vous offre de la bière, on vous divertit, et à la fin on vous propose de vous reconduire chez vous. Et tout ceci n’est pas l’oeuvre d’un seul bon samaritain, ils sont TOUS comme ça.

Une matinée passée à alterner café et bière et à apprendre la danse 2-step cajun au Fred’s Lounge (coucou T-Rob), et notre toute première expérience de Po’Boy et Snowball plus tard (coucou John), nous étions en retard, mais en route, et prêtes pour la Nouvelle-Orléans (Nola pour les intimes).

Nouvelle-Orléans

Mais la Nouvelle-Orléans n’était pas prête pour nous. Après 4h dans les bouchons sans réussir à nous rapprocher d’un millimètre de notre auberge de jeunesse, nous avons décidé qu’il était plus sage de revenir une fois que l’inondation massive qui avait envahi la ville serait résolue. Inondation qui, au passage, a détruit presque toutes les voitures garées à côté de l’auberge de jeunesse qu’on avait réservée, soit exactement là où notre voiture aurait été garée si nous nous en étions tenues au plan initial. Lucky coin quand tu nous tiens. Nous étions donc de retour le lendemain, et cette fois, nous sommes tombées amoureuses.

En plus de l’atmosphère absolument unique qui règne dans la ville et dans ses différents quartiers (connus pour leurs tours de maisons hantées et leurs colliers de Mardi Gras suspendus aux arbres toute l’année), Nola est un endroit où tout semble magique. Comme par exemple le fait de se mettre à parler à un gars taxi-vélo qui passe dans la rue, finir par être invitées à son concert quelques jours plus tard, pour finalement se retrouver le soir-même à 2h du matin pour savourer des “beignets français” après une bonne soirée de travail (pour lui) (coucou Josh). Ou être les témoins privilégiées d’un guide de musée assez exceptionnel qui nous a raconté l’histoire de la Louisiane en interprétant les rois et explorateurs qui en ont scellé le destin. Ou devoir aller à un bar de jardin avec les instructions suivantes : aller à la boutique X à l’intersection entre A et Y (oui, c’est secret), passer derrière les poubelles sur la droite de X, et se faufiler au travers du trou qu’on trouvera dans la barrière. Ou encore y rencontrer un joueur professionnel de clarinette qui secourt des bébés raton-laveurs et oiseaux à ses heures perdues (coucou Matthew).

Sans oublier la visite de Oak Alley Plantation, plantation historique dont le nom vient de l’allée de chênes absolument incroyable menant à la maison principale. C’est également l’une des seules plantations historique de la région à présenter des baraquements reconstitués, à expliquer le quotidien des esclaves qui y vivaient, et à avoir engagé une experte afin de parler de l’histoire de l’esclavagisme dans le sud, et ses implications. Parler de cette époque, dans ce cadre, était à la fois horrifiant et très intéressant, mais cela reste une leçon importante de l’histoire.

Nous avions été tentées de prolonger notre séjour dans beaucoup de villes, mais Nola est la première où nous l'avons vraiment fait. Deux fois. Et ça valait carrément le coup !

Petite histoire de la Louisiane

Alors, comme toutes les colonies, la Louisiane est passée entre pas mal de mains. D’abord françaises, puisqu’elle est occupée par la France à partir de 1682 et est nommée ainsi en l’honneur de Louis XIV. D’ailleurs le territoire de Louisiane s’étend à l’époque du Québec au bassin du Mississippi en passant par les Grands Lacs. En bref, le Roi en revend d’abord l’exploitation à une compagnie (hé oui Versailles ça coûte cher) qui y introduira les esclaves noirs, puis la revendra à son tour à une autre compagnie. La colonie progresse mais reste peu lucrative et délaissée. Elle est donc très peu peuplée jusqu’à ce que les Acadiens de Nouvelle-Ecosse (Canada) viennent s'y réfugier après avoir été expulsés par les Anglais vers le milieu du XVIIIème. Ils deviendront les futurs cajuns. Lorsque la France perd la guerre de Sept Ans une dizaine d’années plus tard, le Roi de France s'empresse donc de céder ce bon plan au Roi d’Espagne. Il en cédera également un autre bout aux Anglais un an plus tard en même temps que le Canada.

Donc les Espagnols arrivent et entendent remettre de l’ordre dans cette colonie, et notamment écraser le sentiment nationaliste français qui subsiste sur le territoire afin d'affirmer leur autorité. On voit aujourd'hui notamment leur influence sur l’architecture des maisons du vieux quartier français, actuel vieux centre de la Nouvelle-Orléans. Les Espagnols vont revendre le territoire à la France (sous Napoléon Bonaparte) en secret en 1800, qui la revendra à son tour en 1803 aux jeunes Etats-Unis. La Louisiane c'est une sorte de patate chaude.

Elle va ensuite devenir un melting-pot de cultures, entre les Français, les Espagnols, les Créoles des caraïbes, les esclaves noirs d'Afrique et les Anglo-saxons qui constituent sa population, créant cette culture qui lui est encore aujourd'hui si propre. Pourtant, c’est pas faute d’avoir essayé d’assimiler la population, par exemple en interdisant le français créole cajun à l’école. Terre de culture (notamment de la canne à sucre et du coton), la Louisiane est depuis ses débuts une économie esclavagiste, quadrillée de plantations plus ou moins riches. Les tensions raciales sont restées présentes après la défaite des Etats Confédérés du Sud (Guerre de Sécession), engendrant de nombreux mouvements pour les droits civiques dans les années 1860 à 1880.

La Louisiane continue aujourd'hui de souffrir d’une économie stagnante et d’une forte pauvreté (elle est parmi les Etats les plus pauvres des US), pas aidée par les ouragans et inondations à répétition qui la touchent régulièrement (le plus gros restant Katrina, 2005). Pourtant, elle reste dans le top des classements mesurant le bonheur des citoyens, et semble garder sa joie de vivre, alimentée par ses Mardi Gras extravagants, sa cuisine délicieuse et la musique (entre autre jazz) qui envahit ses bars tous les soirs.

Fun facts

- Les croyances vaudou sont très présentes en Louisiane, issues d’un mélange entre les cultures créoles et africaines
- Contrairement à ce qu’on croit, c’est Baton Rouge et non la Nouvelles-Orléans qui en est la capitale
- C’est l’Etat de naissance du grand Louis Armstrong, mais surtout de Britney Spears
- Le tabasco lui aussi est né en Louisiane

Checklist

> S’incruster à une soirée étudiante : check
> Voir des alligators : check
> Echapper à une inondation massive : check
> Dormir dans un ancien bordel tenu par une famille indienne, aujourd’hui transformé en auberge de jeunesse : check
> Toucher le trou laissé par un requin dans l’avant-bras d’un inconnu : check
> Transpirer plus que la quantité d’eau absorbée en une journée : check
> Pleurer à cause de la phobie des serpents, et sauver quelqu’un avec la phobie des serpents : double-check

On a aimé

> Les autoroutes suspendues au-dessus des bayous
> Le tabasco vert
> La chaleur et l’hospitalité des gens
> Les chênes magnifiques
> Ce bar absolument magique
> Chaque personne qu’on y a rencontré <3

On a pas aimé

> Les serpents et les araignées dans les bayous
> L’armée de moustiques
> L’humidité

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