Travailler sans bureau chez InVision

Salut à vous tous, estimables lectrices et estimables lecteurs !

Aujourd’hui, on s’intéresse aux équipes distribuées : ces entreprises qui n’ont aucun bureau physique. On voulait vérifier la théorie (dont on avait parlé ICI), du coup on a rencontré Kristin de chez InVision. Elle a fort gentiment accepté de nous dédier un peu de son temps pour nous expliquer comment sa boîte arrive à rester performante avec des employés qui restent chez eux. Comment les faire sentir intégrés à une entité virtuelle ? Est-ce qu’on peut vraiment être efficace en travaillant de chez soi ? Voyons voir.

Qui est Kristin ?

Kristin est en charge de l’édition du Blog d’InVision, un blog sur le design suivi par 2,5 millions de personnes. Et dire qu’à ses débuts il y a 2 ans et demi, ils n’étaient que 500 000… Diplômée de la University of Texas d’Austin, elle a étudié l’anglais mais c’est surtout sa contribution au journal satirique de sa fac, le Texas Travesty, qui l’a formée. Après les études, elle a travaillé un certain temps dans des entreprises traditionnelles avant de se lancer dans l’aventure du travail distribué chez InVision. C’est une entreprise assez importante : 400 employés éparpillés à travers le monde, alors qu’ils n’étaient que 100 il y a deux ans. Le Blog est alimenté par des contributeurs extérieurs - généralement des designers et autres pros de la tech qui ont quelque chose d’intéressant à partager. Kristin travaille avec eux et les aide à mettre en forme leurs bonnes idées en articles. En plus de son travail de mentor de la publication, elle écrit elle-même pour le Blog et elle travaille sur d’autres projets InVision selon les besoins.

Est-on vraiment plus productif de chez soi qu’au bureau ?

Figurez-vous que notre article n’était pas très loin de la réalité : le travail distribué peut être bien plus productif que le travail au bureau. La raison principale invoquée par Kristin est le fait de ne pas être constamment interrompue. Toutefois, pour y arriver, il faut faire les choses bien : il faut un véritable espace de travail dédié au travail, et à rien d’autre. Ce changement tout simple s’est révélé crucial pour Kristin, qui avait passé deux mois à travailler sur sa table de salle à manger. Ça n’était pas un bon cadre, il y avait trop de distractions, telles que son mari qui travaille lui aussi de la maison et qui descendait pour se faire un café ou prendre un en-cas. Et puis les chaises de salles à manger ne sont pas franchement confortables. Sans cet espace et un emploi du temps stable, elle avait l’impression de ne pas avancer, générant du stress qui l’incitait à travailler jusqu’à minuit avec ce fameux ‘syndrome de l’imposteur’.

« Le jour où j’ai fait ça, tout a changé !»

Est-on vraiment intégré dans une entreprise sans bureaux ?

Il y a une phase d’adaptation à prendre en compte. Ce n’est pas évident, et ça ne l’a pas été pour Kristin.

« Lorsqu’on passe d’un environnement de travail très social où tout le monde déjeune ensemble et se voit après le travail, travailler de la maison crée un sentiment de solitude. »

Le fait d’avoir un canal de communication constant sur Slack aide énormément. L’équipe d’édition dont Kristin fait partie reste une petite équipe d’une dizaine de personnes, mais ils sont très actifs sur Slack et contribuent tant pour le professionnel que dans des conversations plus personnelles. Ce groupe privé est un véritable substitut à la pause café. « C’est jamais gênant, j’ai l’impression de vraiment bien les connaître. Ils me font rire tout au long de la journée, et je sais que je peux leur demander du feedback ou une relecture rapide dès que j’en ai besoin. » Elle a tout juste rencontré un de ses collègues pour la première fois il y a un mois, et elle avait l’impression de le connaitre depuis longtemps : « il s’avérait qu’on parlait en vrai, tout simplement ». Le même constat s’établit sur sa relation avec son manager. D’ailleurs, Kristin estime que créer un environnement sympa et une bonne culture au travail fait partie de ses missions, parce qu‘«une bonne culture d’entreprise n’est pas gratuite, c’est une responsabilité pour chacun ». Il semble que la culture d’InVision repose en grande partie sur les leaders sociaux qui créent un lien social assez fort avec les autres. Ils ont aussi des pratiques assez intéressantes : par exemple, chacun a à disposition une enveloppe de 25 dollars tous les mois, dédiée à récompenser les collaborateurs qu’ils souhaitent.

Dans tous les cas, on peut difficilement nier qu’il faut effectivement être dans un certain état d’esprit pour faire du travail à distance une réussite, ou en tout cas une bonne expérience. De manière assez naturelle, tout repose sur une forte autonomie et un niveau de confiance élevé. C’est plutôt proche du travail en freelance, dans les faits. « Il ne faut pas avoir besoin d’être baby-sitté . Le travail à distance, c’est pas pour tout le monde », donc.

Peut-on vraiment communiquer comme il faut ?

Une règle d’or à adopter pendant les sessions de chat vidéo est d’allumer sa caméra. Apparemment, ça fait vraiment la différence, puisque cela confère à l’échange une touche bien plus humaine. Bien qu’il n’y ait pas de recette magique pour une réunion virtuelle réussie. Quand tout le monde se met à parler en même temps, c’est compliqué. Quand des personnes timides ont du mal à s’imposer, on peut plus facilement les oublier. Il faut donc être de nature à s’imposer un minimum, en discussion virtuelle tout du moins.  

« Si je ne faisais pas mon boulot, ça se remarquerait tout de suite. »

Le fait qu’on puisse faire des impressions écrans des discussions ou enregistrer des visio-conférences change pas mal la donne aussi, sûrement pour le meilleur ?

Quant aux évaluations annuelles, elles sont plus régulières que ça : bi-mensuelles, elles sont individuelles bien entendu, et virtuelles.

Et l’équilibre vie perso/vie privée dans tout ça ?

La plupart du temps, l’équilibre est relativement respecté. Encore une fois, c’est vraiment à chacun de définir ses propres limites et de se responsabiliser. Il est possible de désactiver Slack après les heures de travail, par exemple. Mais bon, on part quand même du principe que le management est de bonne foi, et encourage vraiment les employés à distinguer temps de travail et temps off…

« Je n’ai pas envie de revenir travailler dans un open space, ça ne marche pas pour le boulot, ils sont agaçants, alors qu’on dit souvent que c’est la meilleure option pour les employés. Ça serait une raison suffisante pour refuser un poste, surtout s’il s’agit d’un travail créatif où il faut du temps tout seul. »

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