Inventionland : why so serious ?

Bonjour à vous, très estimables lectrices et très estimables lecteurs !

Combien d’entre vous ont regardé Toy Story et ont rêvé d’être l'un d'entre eux, déambulant dans le monde coloré des jouets ? Combien d’entre vous ont visité Disneyland et ont cru être dans leur dessin animé préféré ? C’est ce qu’on pensait. Alors maintenant, imaginez que votre bureau soit un de ces décors féériques : c’est ce que les employés d’Inventionland vivent tous les jours. Alors oui, vous nous direz que c’est insensé, qu’avoir un bureau aux allures de décor de film c’est marrant deux minutes mais que pour travailler sérieusement il faut un cadre plus rigoureux… En êtes-vous si sûrs ? On a visité les bureaux exceptionnels d’Inventionland et on a rencontré leurs équipes pour avoir leur avis sur la question.

Voici ce qu’ils nous ont appris.

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inventionland en quelques mots

Comme son nom l’indique, le business d’Inventionland, c’est l’invention. En d’autres termes, ils transforment des idées en produits. Ça passe par du design, de la création de prototype, et du packaging pour des clients qui ont besoin de nouveaux produits originaux ou bien pour ceux qui ont simplement eu une bonne idée mais ont besoin d’aide pour la suite. Parmi leurs produits, il y a le bol fait en cookie, la pompe à canette, et le pot magnétique.

Inventionland fait partie d’un groupe fondé et géré par George Davison (‘Mr D’ pour les intimes). En soi, il s’agit d’une équipe de 50 ‘Creationeers’ qui gèrent tout ce qui fait partie de la création produit : l’invention, la production, et le marketing. Ce sous-groupe a été fondé il y a environ 10 ans, et à l’époque ils ressemblaient beaucoup à une entreprise traditionnelle du secteur : leurs équipes travaillaient dans des bureaux conventionnels sur des produits pour des clients divers et variés, selon les contrats qui étaient décrochés. Ils utilisaient les maisons des amis comme cadre photo pour intégrer leurs nouveaux produits dans un cadre réel.

leurs bureaux : à quoi ils ressemblent

On pourrait écrire des pages et des pages de description de leurs bureaux, pour transmettre en vain l’essence et l’ambiance du cadre de travail qu’ils ont. Et même ça, ça ne suffirait pas. Donc ce qu’on va faire, c’est qu’on va vous laisser vous faire votre propre idée en vous montrant les photos qu’on en a fait. On vous rappelle juste vite fait les infos de base : oui, ce sont de véritables bureaux. Et oui, derrière tous les murs, il y a de véritables tables de travail, avec de véritables bureaux et des employés rémunérés en chair et en os.

Chaque set a été conçu pour un département spécifique. Ci-dessous, nos petits préférés :

  •         Les produits et jouets pour enfants sont inventés sur le bateau de pirate
  •         C’est dans la cabane dans l’arbre que se déroulent les sessions de brainstorming. Ses murs et plafond sont entièrement recouverts de tableau blanc
  •         Leur robot était le local pour tous les produits électroniques, mais il est en train d’être transformé en salle de classe pour accueillir leur département éducatif

Comme si cela ne suffisait pas, les employés profitent également d’un grand espace pour les pauses avec une table de ping-pong, un billard, and un snack bar assez énorme. C’est plutôt pas mal pour déconnecter, souffler un peu avant de se remettre au travail un peu plus frais, surtout quand il s’agit de journées de 10 heures.

Les bureaux sont immersifs : en regardant de plus près, on s’aperçoit que les antennes d’arrosage d’urgence sont cachées dans les arbres, et les tables en terrasse sont en fait des salles de réunion. En fait, les bureaux sont comme les produits d’Inventionland : hauts en couleur, simples, ils sont montrés, marketés, et ont une histoire.

L'impression que ça donne

« Un  gigantesque stimulant » Tess

Clairement, on est un peu pris de court quand on pénètre pour la première fois dans cette antre fantastique. On ne sait pas vraiment où poser ses yeux : l’endroit est encore plus impressionnant que les photos qu’on trouve en ligne. Inventionland accueille beaucoup de visiteurs (1000 par mois en ‘haute saison’), donc ça fait un peu l’effet d’une attraction touristique. Et quand on pense s’y être enfin habituées, on entend un employé dire qu’il travaille dans la caverne depuis quelques années, ou bien qu’il a une réunion dans le château fort.

Les employés font souvent un tour des bureaux en moto électrique, on les voit vadrouiller d’un set à un autre en trottinette ou prendre un toboggan pour partir en pause déjeuner. Dès que l’un d’entre eux veut faire une pause, il peut s’asseoir au pied d’un arbre (en plastique), s’allonger à côté du point d’eau, ou faire une partie de billard. Toutefois, l’ambiance générale est plutôt calme et concentrée. Parfois de la musique douce passe en fond, couvrant délicatement le bruit du clapotis de l’eau.

« Ces bureaux correspondent mieux à ma personnalité » Curtis

Comment ils ont été construits

Tout a commencé en 2004, lorsque le PDG George Davison voulait améliorer l’espace de travail. L’idée de base était de concevoir de nouveaux bureaux inspirants qui permettraient davantage de production en interne et de créativité. Par exemple, auparavant, beaucoup de temps était perdu en extérieur lors des tournages des vidéos promotionnelles du produit. Plutôt que de courir dans tout Pittsburgh à la recherche d’un cadre adéquat pour une photo du produit, pourquoi ne pas utiliser directement les locaux des bureaux ? George Davison et deux autres employés ont alors commencé quelques ébauches du nouveau design, en imaginant différents secteurs par département mais sur un modèle de boutique. Sauf qu’un jour, Mr D est parti en vacances avec ses enfants à Disney, et il en est revenu avec une toute autre idées en tête. Cette fois, il voulait des sets complètement immersifs. Tout le travail accompli en six mois a été abandonné et il a fallu reparti de zéro. D’autres ébauches ont été faites, et ensuite, des retours ont été demandés auprès des équipes. Tout n’était pas positif d’ailleurs : certains employés se disaient que c’était trop fou, trop gros, et il leur a fallu un peu plus de temps pour accepter l’idée et avoir une idée plus claire du résultat. Pour la même raison, trouver un moyen de financer le projet n’a pas été spécialement évident : les établissements traditionnels n’ont pas tous adhéré à l’idée.

Finalement, les nouveaux bureaux ont été terminés en 2006, après deux années de travail intense. Mais Nathan, qui a participé au pilotage du projet dès le premier jour, a fortement insisté là-dessus : les bureaux ont été conçus et bâtis pour les employés. Pas pour la com’, plutôt pour améliorer les méthodes de travail et la manière dont les employés se sentaient et interagissaient avec leur environnement. Beaucoup d’employés venaient le week-end, sans rien demander à personne, simplement pour construire eux-mêmes certaines parties du bureau.

« C'était pour nous » Nathan

L’impact des bureaux sur la motivation et la productivité

Maintenant que vous vous faites une meilleure idée des bureaux, allons voir d’un peu plus près comment l’entreprise est gérée et comment elle combine productivité et amusement.

Bon, le premier point est un peu une évidence : être face à un mur blanc, ce n’est pas forcément la meilleure disposition pour trouver des idées nouvelles et originales. Tout du moins, on peut considérer qu’un bureau haut en couleurs et diversifié permet mieux d’alimenter la machine. L’inspiration vient plus facilement, puisque les pauses au snack bar sont à la fois sucrées et fructueuses. Et ce, malgré le fait qu’ils s’y soient habitués avec le temps. Tous ceux qu’on a rencontré dans la boîte nous affirment que le cadre les aidait à être plus efficace dans leur travail de création, étant donné qu’ils s’y sentent plus détendus et moins censurés. Surtout que l’intérieur des sets est souvent réarrangé selon les besoins et les projets en cours. Et puis, voir les visiteurs bouche bée lorsqu’ils entament leur visite des bureaux, c’est une plutôt bonne piqûre de rappel.  

Bon, maintenant, il est temps de passer aux observations plus intéressantes et moins intuitives. Certains employés qu’on a rencontrés ont expliqué que les bureaux d’avant, organisés en open space comme on en voit partout, n’étaient pas productifs. Ils avaient l’impression d’être constamment ‘interrompus’, ‘distraits’, et le tout paraissait ‘moins encourager le travail d’équipe’. Leurs bureaux, aujourd’hui, ce n’est plus de l'open-space. C’est vraiment et simplement des sets différents avec 5 ou 6 employés grand maximum dedans, chaque set étant séparé par des murs et étant placé à une certaine distance les uns des autres. Et pourtant, la communication n’a pas l’air de poser problème. C’est plus une question d’équilibre à trouver entre rester suffisamment stimulé tout en n’étant pas régulièrement dérangé ou déconcentré. Même si cela ne convient pas à n’importe qui, c’est quelque chose de particulièrement important pour ce secteur d’activité. Inventionland a l’air d’avoir trouvé le juste milieu, alors qu’ils font le contraire de leurs concurrents.

Un autre point d’attention est que tout est mis à disposition des inventeurs. Puisque tout est dans Inventionland, il y a des ateliers (travail du bois, électronique…) ouverts à n’importe quelle heure, n’importe quel jour, pour n’importe quel employé. Que ce soit à des fins professionnelles ou personnelles. Tout comme leurs studios d’enregistrement vidéo, d’ailleurs. La plupart des employés étant clairement passionnés par leur travail, avec des caractères très bricoleurs, ils passent beaucoup de leur temps libre à faire la même chose qu’au travail. Par conséquent, l’accès libre à l’ensemble des outils dans les bureaux leur permet de se sentir à l’aise et chez eux. Mais pas que : cela leur permet aussi de trouver des idées nouvelles sur ce temps libre, ce qui arrange l’entreprise.

« Je peux continuer à apprendre. »Tess

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L’impact des bureaux sur la culture

« C’est une émotion, un sentiment qui nous donne envie de partager nos connaissances. » Clay

La culture d’Inventionland est clairement abordée dès le début. C’est une culture très spécifique aussi, avec des mythes fondateurs et des modèles. Le mythe fondateur d’Inventionland est l’histoire de l’échec de la brosse à dents auto-nettoyante, que George Davison voulait développer. Il n’a pas réussi à arriver le premier sur ce marché mais il a fait de cet échec une entreprise qui aujourd’hui, réussit plutôt bien. Le message de ce mythe est donc que l’échec peut être productif. D’ailleurs, un de leurs leitmotiv est : ‘avançons avec l’échec’, les employés sont encouragés à essayer, à expérimenter, pour apprendre tous les jours. Concernant les modèles, il y en a trois : Thomas Edison pour sa persévérance et son succès qui n’a pu être atteint qu’après de nombreux échecs. Henry Ford en est un autre, pour la simplicité de ses produits et sa capacité à en produire en masse. Enfin, Walt Disney, pour sa capacité à raconter des histoires.

On est d’accord avec vous : il en faut un peu plus qu’un surnom sympa pour le PDG et une jolie manière de raconter ses débuts pour créer une véritable culture d’entreprise. Et un bon outil anti-bullshit dans ce domaine, c’est la rétention d’employés. Cet indicateur est remarquablement élevé chez Inventionland. La plupart des collaborateurs sont là depuis au moins dix ans : la plupart n’ont d’ailleurs jamais travaillé ailleurs qu’ici. Beaucoup d’entre eux portent les t-shirts et les cravates Inventionland. Par-dessus les tatouages pour les uns, sous les lunettes d’intello pour les autres. C’est quelque chose d’assez remarquable, surtout qu’on constate tout ça alors même que le grand patron n’est pas là. Parce-que les employés sont là depuis si longtemps, ils se connaissent tous vraiment bien et aujourd’hui, ils sont ‘bienveillants les uns envers les autres’. On a senti, au travers de nos interviews, un vrai sentiment de communauté, qui va de pair avec une excellente communication.

« Quand vous venez ici c’est compliqué de repartir, cet endroit a tant de choses à offrir » Colt

Leurs bonnes pratiques

De ce qu’on a compris, les pratiques et process sont assez souples. On les a cherché, longtemps. On a demandé : quels sont les process ? On n’a pas eu de réponse bien claire, mise à part le process en 9 étapes dont Davison a déposé la marque. On a mis du temps, mais on a finalement compris pourquoi. Il n’y a plus de process, simplement des habitudes prises avec le temps, à force de travailler les uns avec les autres. Et puis aussi, le process en 9 étapes est quand même très logique et intuitif. Du coup, tout est spontané.

"On se laisse porter par le courant"(Trevor).

Avant, il y avait une autre manière de fonctionner. Une même personne suivait un produit du début à la fin, pour que chacun ait une vue globale de l’ensemble de la chaine de valeur. Aujourd’hui, c’est différent. Au lieu de concentrer les collaborateurs sur les produits, les départements se sont spécialisés sur différentes étapes de production. Il y a donc une équipe de packaging, une autre de design industriel… C’est assez surprenant : ils suivent un modèle à l’opposé de celui des entreprises libérées (telles que FAVI). De même, on remarque qu’au lieu de chercher à monter en gamme sur un marché de niche, Inventionland maintient une très grande variété de produits (à l’inverse de ses concurrents régionaux, qui se concentrent sur des segments spécifiques). Et ça, c’est également sans doute en grande partie dû à l’environnement de travail très riche et varié.

Toujours pas convaincu de l’orignialité fructueuse d’Inventionland ? On a d’autres exemples. Il n’y a pas d’organigramme. Tout comme ANEO ! Par contre, il y a effectivement 5 ou 6 managers (en tout, soit 10% des effectifs). Ce n’est pas beaucoup. Toutefois, les employés attendent souvent très longtemps avant d’être promu (ça peut aller jusqu’à 10 ans).

Et de 3 : les horaires de travail sont eux aussi inconventionnels. Au lieu de faire des semaines de cinq jours, les employés travaillent de lundi à jeudi. La journée est donc beaucoup plus longue, mais cela permet de profiter d’un long week-end (pas bête pour une entreprise qui compte aussi sur la créativité développée pendant le temps libre des collaborateurs, n’est-ce pas ?). Et tous les employés considèrent cela comme une chance immense. Le travail abattu en quatre jours est assez impressionnant : pas moins de 200 prototypes sont créés tous les mois. 200 prototypes, en 30 jours. Avec 50 employés. Voilà.

« La semaine a l’air plus longue, mais les week-ends aussi » Tess

 

Leadership

Le leadership tient une certaine place, certes, mais il n’a pas l’air d’être la clé de voûte non plus. Le système ne devrait pas s’effondrer totalement si jamais le PDG devait partir un jour. Les équipes sont assez admiratives de George Davison, on sent un grand respect pour ce personnage important et fondateur. On dit qu’il est disponible, à l’écoute, tout en laissant suffisamment d’espace et d’autonomie à chacun. Mais comme les collaborateurs sont pour la plupart des vieux de la vieille, Mr D n’a pas l’air d’être une condition nécessaire à la survie du modèle actuel.

Inventionland en bref

Inventionland emmène la stimulation de la créativité dans une autre dimension à travers leurs bureaux aux airs de Disney qui permettent à leurs employés de visualiser leurs inventions en cours dans la vie réelle.

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